la période estivale étant propice aux soirées d'observations publiques, je vous propose cette promenade que j'aime effectuer régulièrement en utilisant un télescope de 300 mm de diamètre, avec
d'autres "curieux du ciel"
Juste après le coucher du soleil, le petit jeu peut commencer...où sera la première étoile ? en cette fin du mois de juillet juillet, c'est sans doute Véga qui perce la voute encore bleue, haute
dans le ciel. il faut attendre encore un peu pour distinguer l'ensemble du triangle d'été, puis l'incontournable grande ourse.
A propos du fameux triangle, connaissez vous la signification du nom des étoiles ?
Vega: l'oiseau (ou l'aigle) qui plonge. voici une description imagée pour illustrer la trajectoire de cette étoile dans le ciel, qui une
fois passé au méridien semble descendre de manière quasi verticale, "en plongeant". D'ailleurs sur les cartes anciennes, Véga représente un vautour, qui tient dans ses serres la lyre.
Altair: l'oiseau (ou l'aigle) qui plane: quoi de mieux en effet que ce bel oiseau pour décrire la trajectoire de cet astre qui semble se
déplacer de manière quasi horizontale durant une bonne partie de la nuit dans le ciel
Deneb: beaucoup moins poétique, Déneb, Deneb... l'arrière de la poule bien sur, enfin du cygne, car sans doute plus majestueux !
Tournons nous de nouveau vers l'horizon Nord Ouest, là ou le soleil vient de se coucher. Les sept étoiles de la grande ourse sont désormais visibles. Sept... et pourquoi pas huit ? Regardez cette
petite étoile, juste au dessus de la deuxième du manche de la "casserole". L'ami Daudet nous apprend (dans sa nouvelle "les étoiles", in Lettres de mon moulin) que c'est le charretier, qui
conduit les trois bœufs (le manche) et le chariot (les 4 étoiles du rectangle). Plus faible que sa voisine, une autre légende dit que le repérage de l'étoile servait de test de vision aux archets
de Charles Quint. Et nous voici plongé dans l'histoire de France. J'oubliai... ce couple d'étoiles serrés s'appelle Alcor et Mizar, situé
entre 81 années-lumière pour la première et 78 AL (années-lumière) pour la deuxième. Ces étoiles ne sont pas liées physiquement. Il s'agit simplement d'un effet de perspective, qui semble les
rapprocher. La constellation de la grande ourse elle-même est un amas d'étoiles, dit amas ouvert (nous verrons plus loin ce que cela veut dire), que le soleil est en train de traverser.
Précisons un peu: puisque la lumière parcours l'espace à la vitesse de 300000 km par seconde (un poil moins en fait), cela représente plus de 10 000 milliards de km par an. Alors 78, 81,100,1000
AL cela ne vous dit rien. Moi non plus ! je préfère utiliser une autre échelle de distance et de temps:
La lumière qui a été émise par l'étoile Alcor est partie il y a 81 an, pour arriver à notre rétine aujourd'hui. A cette époque, en 1928, la Pénicilline venait d'être découverte par Flemming. Nous
"voyageons" en quelque sorte dans le passé. et cela ne fait que commencer !
Il est également temps de poser notre petite devinette:
« mais pourquoi la nuit est-elle noire alors qu'il y a tant d'étoiles dans l'Univers ? Le ciel devrait être brillant !». Laissons nous le temps de la réflexion, nous pourrons sans doute
répondre à cette énigme à la fin de notre promenade...
Assez parlé, la nuit est venue tout à fait. Pointons le télescope vers Alcor et Mizar. quelques petits grincements du télescope "maison", de type dobson tout en bois, et nous voila dans l'espace
! en grossissant 65x, Alcor est d'un coté du champ, Mizar de l'autre. C'est étrange, à l'œil nu, l'éclat des étoiles est très différent, mais au télescope ces deux étoiles semblent identiques.
Normal, cet instrument est un entonnoir à photon ! Et si l'on regarde bien, Mizar est accompagné d'une autre étoile très serrée. en effet, Mizar est physiquement double, une autre étoile tourne
autour, mais elle est tellement proche que nous ne pouvons pas la séparer à l'œil nu.
Maintenant que la nuit est venue, tournons nous vers l'Est, en direction de la constellation du cygne. Cet oiseau plane majestueusement dans le ciel, traversé par la partie visible de notre
galaxie, la voie lactée. au pied de la croix, visons une petite étoile nommée Albiréo (l'oiseau), l'œil du cygne. Quelle merveille au
télescope ! nous ne voyons pas une mais deux étoiles, de couleurs différentes. Et même si ces deux étoiles ne sont pas physiquement liées (encore un effet de perspective), nous pouvons
évoquer le fait que toutes les étoiles ne sont pas identiques. Certaines sont plus chaudes (étoiles bleues), d'autres plus "froides" (étoiles rouges), enfin, en surface tout au moins.
Et quel amusement pour tous de comparer les couleurs perçues. en effet, la vision est assez différente dans un environnement sombre: blanche, dorée, jaune, bleue, et même vert et rose... une
belle partie de rigolade !
pour la petite histoire, Albiréo est située à 382 AL, donc la lumière perçue est partie en 1628... règne de Louis XIII, le siège de la Rochelle, Richelieu, la guerre de trente ans, pas très
réjouissant tout ça. Restons dans les étoiles.
Nous avons vu que les étoiles ne sont pas toutes identiques, et qu'elles peuvent être à des distances très différentes. Évoquons leur cycle d'évolution. Pointons le télescope plein sud,
vers une constellation en forme de théière, le sagittaire. la voie lactée semble se perdre dedans, même si l'horizon pollué de nos ciels de France ne permet plus de la voir plonger sous
l'horizon. Note; Heu.., pour la traversée du désert, je préfère attendre encore un peu.
Assez bas vers l'horizon, se détache un petit nuage très ténu mais déjà visible à l'œil nu, M8, la nébuleuse de la Lagune. Cette zone du
ciel est une pouponnière d'étoiles. Composée d'hydrogène et de poussières, cet objet a été observée pour la première fois par Flamsteed en 1680, puis classé par l'astronome Guillaume Le Gentil en
1747. Certaines étoiles visibles au travers sont sans doute issues de la nébuleuse. Située à 5200 AL, la lumière est donc partie vers -3200, en pleine période néolithique. Un peu avant, vers
-3500, on inventait la roue en Mésopotamie, et la voile en Égypte.
Cette région du ciel est vraiment une « vallée des merveilles ». On y passerait des heures et des heures à la découverte de magnifiques objets. Tenez, non loin de M8, voici M20, la fameuse nébuleuse trifide. Pour arriver à la distinguer dans le télescope de 300 mm, j'utilise un filtre UHC. Elle est visible sans filtre,
mais tellement faible pour un œil non exercé que la plupart des gens ne pourraient la voir; parfois certains vous disent poliment « oui, on l'aperçoit » et d'autres plus direct
« mais,...on voit rien ». le filtre UHC résout en partie le problème, encore faut-il que le ciel ne soit pas trop pollué par l'éclairage artificiel, auquel cas je passe à l'objet
suivant.
M20 est une nébuleuse à émission, traversée par une nébuleuse obscure. Ce qui montre bien que toute la matière synthétisée par les étoiles n'est pas forcément visible. M20 fut classée par Messier
en 1764, et sa distance est assez incertaine selon les sources, entre 3140 et 9000 AL. On admet généralement la distance de 5200 AL. Sur notre frise des distances et des temps intersidéraux, les
alentours de -3100 marquent l'invention de l'écriture cunéiforme à Sumer ainsi que les premiers hiéroglyphes en Égypte; en -2700 on construisait des pyramides.
Continuons toujours le long de la voie lactée, pour admirer une magnifique nébuleuse diffuse à émission, M17. Les étoiles formées sont
cachées par la nébuleuse elle même. L'énergie dégagée excite le gaz un peu à la manière d'un tube fluorescent. Certains observateurs lui donneront une forme de lettre grecque Oméga, d'autres un
fer à cheval ou encore, avec de l'imagination un « canard de l'espace » flottant sur la voie lactée. M17 est située à environ 5000 AL. Lorsque la lumière est partie des environs de la
nébuleuse, nos ancêtres édifiait des tombes et des cercles mégalithiques en Europe (vers -3000/2000) et on utilisait pour la première fois du papyrus en Égypte.
Après cette visite dans les maternités galactiques, intéressons nous maintenant à des groupes de jeunes étoiles, comme les amas ouverts. La constellation de l'écu, juste en à coté de l'aigle,
abrite un magnifique exemple, M11. Il s'agit d'un groupe d'environ 2900 étoiles, âgées de 220 millions d' années. Après s'être formé
dans une grande nébuleuse diffuse, un nuage moléculaire, les étoiles ont fini par expulser le gaz et la poussière restant, et l'ensemble, lié par les forces de gravité devient visible. Cet amas
est distant d'environ 6000 AL. A l'époque du départ de la lumière de cette zone, vers -4000, on commençait à couler du bronze au proche-orient. A noter, un autre bel amas ouvert, moins dense
certes, mais très connu: la constellation de la grande ourse.
Il faut sans doute prendre un moment pour s'extasier devant ce fourmillement d'étoiles. Souvent, à de jeunes observateurs, je propose, avant d'avoir mis l'œil à l'oculaire, de compter les étoiles
visibles dans le champ du télescope. Le comptage ne dure jamais bien longtemps...
Accélération un peu rapide dans l'évolution, intéressons nous à de vieilles étoiles de notre galaxie, des « grumeaux » de la pâte à crêpe galactique: les amas globulaires. Puisque le
télescope est pointé vers le sud, revenons dans le sagittaire, juste au dessus du couvercle de la théière.
La lumière émise par l'amas M22 nous y attend depuis presque plus de 8000 ans ! On compte plus de 70000 étoiles, et elles sont distantes
d'environ 10400 AL. À cette époque là, vers -8000, on inventait l'agriculture en Asie mineure... M22 a été le premier amas globulaire découvert, par Abraham Ihle en 1665, donc à peine plus de 50
ans plus tard que la découverte de Galilée.
Observer proche de l'horizon est assez pratique avec un télescope dobson, surtout avec des enfants, mais nous risquerions d'être assez rapidement gêné par des arbres ou autres obstacles sur
l'horizon. Remontons donc, toujours le long de la galaxie, mais vers la constellation du terrible Hercule.
M13 est un magnifique amas globulaire, composé de plus de 100000 étoiles. Quel feux d'artifices dans le télescope. Cet amas a d'ailleurs
été sélectionné pour l'écoute extraterrestre avec l'antenne d'Arecibo. M13 est distant de 25100 AL , c'est à dire qu'à cette époque, vers -23100, nous étions dans le paléolithique supérieur, dans
l'ère des hommes de Cromagnon (homo sapiens sapiens)
Nous sommes peut être parti un peu loin dans l'espace ! Quittons Cromagnon pour revenir dans l'ère historique, au temps de Charlemagne et de Pépin le Bref, entre 750 et 800 après JC. C'est aussi
à cette époque que les Chinois font découvrir le papier aux arabes, vers 751. Comment revenir ? Facile, il suffit de pointer la nébuleuse planétaire M27, dans la constellation du petit renard, distante de 1250 AL. Cette nébulosité n'a aucun rapport avec les planètes du système solaire. C'est
Herschel, le musicien-astronome, découvreur de la planète Uranus, qui avait baptisé cette catégorie d'objet, car il trouvait que ces nébulosités, souvent de très petite taille (ce qui n'est pas
le cas ici !) ressemblaient un peu à la planète qu'il venait de découvrir. Ceci dit, M27 est la première de sa catégorie répertoriée quelques dizaines d'années au par-avant par Messier, en 1764.
Une nébuleuse planétaire est un résidu de supernovæ, étoile ayant explosé violemment et rejetant dans l'espace les couches superficielles de son atmosphère. En effet, les étoiles ne sont pas
éternelles, et un jour ou l'autre elle finissent pas s'éteindre, de manière plus ou moins cataclysmique. Plus l'étoile est massive, plus la fin est violente. Il paraitrait même que les plus
grosses étoiles finissent en trou noir, les fameux trou noirs...
Mais, sans doute avons nous alors une réponse à l'énigme du début de soirée. Les étoiles n'ayant pas une durée infinie, il existe donc à un moment donné une quantité finie d'étoiles visibles, qui
émettent un rayonnement. Leur nombre n'étant pas suffisant pour « blanchir » complètement le ciel, nos nuits sont donc noires, ou presque...
Non loin de M27, dans la constellation de la lyre, dans laquelle brille de tous ses feux Véga, admirons ce magnifique anneau de « fumée » qu'est M57. Cette nébuleuse planétaire est vue « de dessus » et fut découverte par Antoine Darquier de Pellepoix en 1779. Elle est distante de 2300
AL. Que de belles dates à associer: imaginez Archimède dans sa baignoire entrain de trouver le principe qui porte son nom, ou encore Euclide énonçant ses principes de géométrie. En plein essor de
l'empire romain, c'est vers -280 que l'on construisit le phare d'Alexandrie, les colosses de Rhodes. Et bien la lumière partie de M57 à cette période historique nous arrive seulement aujourd'hui
!
Pour corser l'observation, rien de tel que de relever le défi d'apercevoir les dentelles du cygne NGC 6960 et 6992-5. Le pointage depuis 52
cygni est facile, car l'étoile est visible à l'œil nu. Il faut, tout comme pour la nébuleuse trifide tout à l'heure, utiliser un filtre, comme l'UHC ou l'OIII. Sans filtre, les dentelles sont
perceptibles pour un œil exercé. Avec filtre, elles deviennent évidentes avec un télescope de 300mm. Les dentelles sont un résidu de supernova qui a explosé voilà 15000 ans. Elles sont distantes
de 2600 AL environ. Toute la zone est à explorer sur plusieurs degrés carrés, en changeant le pointage. Et dire que la lumière nous parvient alors que les Grec fondait Marseille en -600,
édifiaient le temple d'Héra à Olympie. A Babylone, on admirait les jardins suspendus de Nabuchodonosor II et les chinois inventaient les feux d'artifices !
Maintenant, la soirée est bien avancée, cela fait une heure voire une heure et demi que nous tournons à plusieurs autour du télescope, il est temps de faire un grand bond dans l'espace...de 3
ordres de grandeurs, 1000 fois plus loin... pour rejoindre la belle galaxie d'Andromède M31, accompagnée de ses « satellites »
M32 et M110 située dans la constellation du même nom, adossée à Pégase, le cheval
ailé. Tous les objets que nous avions vu jusqu'à présent étaient contenus dans notre galaxie, dont la partie visible se nomme la voie lactée. Mais là, nous somme à présent à 2 900 000 AL de la
terre et du système solaire, dans une autre galaxie. L'astronome Arabe Al-Sufi connaissait déjà sa position, la décrivant comme un « petit nuage », ce à quoi elle ressemble lorsqu'on la
repère à l'œil nu. Au télescope, seul le bulbe central est bien visible. Parfois même des jumelles, grossissant moins qu'un télescope mais offrant un champ plus large peuvent donner une meilleure
image. Là encore, imaginez une bande d'extraterrestres observant aujourd'hui même la terre, si seulement c'était possible, avec un hyper-télescope méga-géant... ils ne verraient que des
Australopithèques cousins de Lucy ou Toumaï . Pas très évolués ces terriens... il faudra attendre un peu avant de nous rendre visite !
Après, c'est un peu comme pour la plongée sous marine, il faut observer des paliers de décompression, nous sommes parti si loin... (et pourtant, il y a encore bien plus loin !)
Comme la constellation de Cassiopée commence à monter dans le ciel et que Persée devient visible, pointons la tache floue entre ces deux constellations:
H et Xi Persée bien sur, célèbre amas ouvert, constitué de jeunes étoiles prêtes à se disperser, et situé à 7000 AL. Ouf, nous sommes
revenu à l'époque de Néandertal. C'est un spectacle inoubliable au T300 avec un oculaire grand champ. Il y a des étoiles de partout...
Pour achever cette promenade estivale 2009, n'oublions pas de poser notre regard sur Jupiter, et d'imaginer Galilée complètement dingue de sa découverte: des astres tournant autour d'autre chose
que la Terre, Copernic avait donc raison !
Voilà, durant cette ballade, qui dure au moins deux heures avec un peu de public, nous avons pu repérer une douzaine de constellations, observer les principaux types d'objets du ciel profond,
évoquer l'évolution stellaire, voyager avec les yeux et l'imagination bien au delà de nos limites technologiques. Juste une dernière chose, si cette visite des « monuments historiques »
de notre galaxie vous a plu, n'oubliez pas le guide ;)