Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 11:29
Cela faisait un petit moment que j'avais envie d'écrire cet article. Le hi-tech c'est bien, mais parfois on aime bien faire une petite pause.

voici pour commencer, le télescope que j'utilise le plus actuellement. le T300 Cube: diamètre 300 mm, focale 1500 mm
ne pas tenir compte de l'aspect rustique et "en perpétuel chantier", je n'arrête pas de le modifier. un jour, je le reconstruirais de manière plus esthétique...

c'est pour l'instant mon instrument préféré, celui que j'utilise le plus souvent  (environ 30 fois par an) pourquoi ?

il y a un coté pratique:

-le temps d'installation: moins de 5 minutes dans le jardin, 10 minutes en rase campagne (parce qu'il est démonté)
-complètement démonté (transport en vacances), il tient dans un volume de 50cm de coté.
-il reste la plupart du temps monté, et grâce à la brouette à télescope (amovible), il n'est vraiment pas compliqué à déplacer...

un coté performance aussi: c'est un T300, donc déjà assez lumineux, et d'une bonne qualité optique

-la collimation avec un laser est d'une grande simplicité et ne bouge quasiment pas durant toute une nuit.
-si l'alignement optique est correct, le réglage du chercheur est quasi instantané

et surtout, un coté fiabilité: il n'y a pas d'électronique, de batterie suceptible de lacher en pleine observation... le genre de choses qui vous gâche une soirée , voire plus !

et le reste en images...



Commençons par le "vecteur logistique", si pratique au jardin

Deux ergots (vis) rentrent dans la partie avant de la fourche, et deux autres boulons se fixent sur la partie arrière. le retrait de la brouette s'effectue par écartement des barres.

  le démontage de la "bête": uniquement lorsque je sors en dehors du jardin; sinon, le télescope reste monté et est rentré dans son abri avec la brouette.


 
  Ci dessus, l'instrument a perdu la tête
(nuit du 4 aout ?)

Ci contre, came de serrage vélo, pour fixer le tube




le secondaire est protégé dans sa boite, on peut donc fourrer tout un tas de bazar: cartes, oculaires, chercheur...

la tablette (porte carte et accessoires) cache la misère



 

pour les transports en voiture: la solution simple...


ou le démontage en règle des "oreilles"
on évite surtout la partie remontante des disques, ce qui permet de charger le coffre en intégrant le télescope parmi les autres baggages.

Le coté Technique


la cage, avec son chercheur original (demi jumelle 7x50), et le système de fixation : 4 papillons pour la cage, 4 fermetures vélo pour la caisse miroir primaire.

notez, le porte oculaire "maison", sans jeu, type crayford réglable ultra-leger et pas cher, d'une précision redoutable...








  
le télescope vu par l'avant et l'arrière. le cadre en bois plus clair est amovible et permet de rendre le miroir et son barillet facilement démontable (4 boulons).
Cela me donne des possibilités supplémentaires pour tester différents concepts de montures et "emballages"

l'araignée, est sommaire: réglage par rotation et 1 vis.
la "monture", ou ce qu'il en reste sur ce télescope.
en hauteur les disques sont en appuis sur 3 roulements de roller et 1 patin en téflon

en azimut, le télescope roule sur 3 trains de 2 roulements de roller, et 1 patin de feutre, dont la hauteur est réglable, vient freiner le mouvement (pour éviter que le télescope se transforme en girouette)

les disques de rotation font 60 cm de diamètre. c'est peu être imposant, mais la douceur des mouvements est à ce prix. La friction en azimut étant réglable, le suivi et le pointage sont tout à fait satisfaisant, même à 600x

sur les cotés, des petites calles pour éviter au tube de "dérailler" lors d'un pointage un peu énergique.

Voila, c'est tout pour aujourd'hui... suite au prochain épisode !
 


 
 


Par zemt
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /Août /2009 00:17

Puisque le ciel est décidément magnifique cette semaine, j'ai décidé de ressortir du grenier un vieux montage pour jumelles, la monture « taka ».j'ai décris ce modèle dans mon site binocular maniaque, qu'il faudra donc que je remette à jour.

 

En effet, le système était resté "en plan" durant plusieurs années, pour une raison bien simple. Le pointage sans assistance est une horreur. Mais l'arrivée des lasers vert a changé la donne.

Il suffisait de rajouter un pointeur vert pour obtenir un équipement d'un confort inégalé avec ces jumelles 12x80.

 

Bien des fois j'ai rêvé de montures pour jumelles équipées d'un fauteuil. Le web regorge d'exemples de ce type. Mais ce que je reproche le plus à ce genre de montage, c'est ce coté finalement peu ergonomique ou trop confortable, comme on voudra... Une fois bien assis, si le dossier penche trop en arrière, on n'est plus actif, et... on finit par s'endormir. Par contre, avec cette monture à miroir, on regarde dans les jumelles comme dans un microscope, on se penche en avant, bref on est actif !

 

Bien sur, il y a quelques inconvénients. La qualité des miroirs, récupéré sur des photocopieurs, n'est pas extraordinaire, et fatalement en coudant le faisceau optique: on rajoute de l'astigmatisme, on perd un peu de lumière du fait de la réflexion; sans compter que le champ de vision est alors renversé. Mais quel confort ! Pouvoir observer assis sans se tordre le cou, avoir carte (le fameux pocket sky atlas) et lampe rouge à portée de main, et pointer directement dans le ciel avec le laser vert. Que du bonheur. 25 objets « touristiques » en moins de 2 heures...tout simplement renversant !

 

D'un point de vue technique, la monture se pose sur un trépied, une table, ou ici un tabouret. Ce dernier est intéressant, car on peut régler de manière optimale la hauteur pour l'observateur.Pour ceux qui seraient intéressé par le système, j'ai repéré que chez Edmund optical, on peut trouver des miroirs plan aluminé sur la surface supérieure, à un prix très avantageux (moins de 20€ pièce)

 

Il faut ensuite placer le laser vert et attendre que la nuit soit suffisament noire. En tatonnant un tout petit peu, on arrive à voir la pointe du faisceau dans le champ des jumelles, au moins l'objectif gauche. (ce n'est pas du tout dangereux dans ce cas, car il pointe vers le ciel). Avec les 3 vis de collimation, il faut superposer les 2 images pour en obtenir plus qu'une seule, un peu comme une paire de jumelle qui aurait chu et qu'il faudrait rerégler. Et c'est tout !

En tout, moins de 5 minutes pour s'installer, régler et observer...

 

 

gros plan sur le pointeur laser et sa fixation: Un système de lyre (collier PVC 40 mm) coiffé d'un écrou borgne permet d'enlever/remettre et régler le faisceau en quelques secondes. Le laser est protégé dans un tube PVC et «emballé » dans une gaine isolante pour garantir les tuyaux contre le gel. La mise en route est effectuée par une vis en nylon qui appuie sur le bouton on-off.

 

La procédure d'utilisation est simple: il faut prendre son atlas, allumer le laser, pointer la zone choisie, éteindre le laser, et apprécier durant de longues minutes ce voyage spatial. L'effet « immersif » de la vision binoculaire est assez incroyable, surtout avec un tel niveau de confort. Plus de crampes dans la nuque, vous n'imaginez même pas...

 

 

à gauche, l'ensemble complet, à droite, les vis de réglage des miroirs.

 

Vous suivez toujours ? bien, alors je vous résume le tour de ce soir:

 

M3 (dans le bouvier) , M107,M10,M12 dans ophiucus, puis direction la vallée des merveilles. Là c'est un peu bas au départ (vertical !) M8 et M20, M22, M25 dans le sagittaire. La voie lactée est assez marquée (mag.ciel 20,40, pas trop mal pour mon site dans le jardin).

Direction M17 et M18 dans l'écu, puis M16 et enfin M26 puis M11. un petit tour vers le petit renard: M27, puis M56 entre le cygne et la lyre. Puis M15 dans Pégase. Tiens par hasard, on ne voit pas les dentelles du cygne, (un peu normal) mais bonjour NGC6940, c'est à voir ! Enfin les classiques: M31 et M110 (M32, pas vraiment repérée) et pour finir le double amas de Persée.

 

Pour chaque objet, j'ai noté comme d'habitude depuis des années, la brillance, la texture (résolu, cotonneux, nébuleux), la taille toute relative, et la facilité de pointage. Tiens, c'est peu être un truc de musicien, car ca me rappelle la classification d'un certain Sir W.Herschel...dont j'ai récouvert l'existance il n'y a pas si longtemps, mais c'est une autre histoire !

Par zemt
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Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /Août /2009 15:26

De retour de la cote d'azur, je n'ai pu constater que constater avec effroi ce que voulait dire être et avoir été. Le ciel de Hyères est absolument catastrophique en aout 2009 du point de vue de la pollution lumineuse. 15 ans en arrière, on pouvait encore voir des choses. Aujourd'hui, c'est quasiment mission impossible. Passons...

 

Je me suis donc attelé ce lundi soir, 10 aout 2009, à dénicher cette fameuse comète, qui traverse la constellation du cygne.

Coté carte, j'ai utilisé celle fournie par le site webastro.net 

 

pour le matériel, j'ai choisi les jumelles 100x25 que je venais de rerégler (celle d'un ami), mes 80x12 et le télescope de 300mm. Il fallait d'ailleurs ne pas trop trainer l'arrivé de la lune, bien que masqué par la maison d'à coté. D'ailleurs, le ciel n'avait rien d'extraordinaire, mag=19,86 au SQM, autant dire très mauvais, si je ne savais pas qu'au moment de la mesure, la lune était déjà levée. Le halo lumineux était bien visible

 

Comme un bleu, je me suis fait avoir par la rosée. J'ai sorti les jumelles 25x100 trop tôt. Résultat, je trouvais que le ciel était vraiment laiteux, et pas très constrasté. Au bout d'un moment, je suis allé relever la température et l'humidité à la station météo: 17,6°C humidité 90%. J'ai compris...petite vérification, et Bingo, les beaux objectifs de 100mm, embrumés, trempés !

Du coup, je suis retourné à la maison pour utiliser les jumelles 12x80. Et d'un coup, tout allait mieux. Partant de Dzeta cygne, le cheminement s'est alors fait sans encombre...

 

A la position prévue, près de 30cygne, pas grand chose... une faible tache floue, vue par intermitence. C'est alors que j'ai décidé d'utiliser mon « sniper à comète », le laser vert. Une fois allumé, il faut quelques secondes pour le régler et le faire coincider avec la zone suspecte.

 

 

 

J'ai ensuite pointé le télescope de 300 mm vers le « bout » du laser. En plein dans le mile !

La comète est bien là, comme une petite tache diffuse, avec un noyau marqué, une auréole tout autour mais pas de coma suffisamment marquée dans une direction donnée. Coté magnitude, je dirai entre 8 et 9, pas plus brillant. Pour immortaliser l'instant de la rencontre, j'ai choisi de faire un petit relevé de position dont vous avez pu voir la synthèse.

 

 

  j'ai continué la promenade par une exploration en « règle » de la voie lactée aux jumelles, du Sagittaire jusqu'à l'Aigle; ce qui m'a permi de tester mon dernier atlas en date, le pocket sky Atlas. Mais ceci fera l'objet d'un autre article. Que c'est beau le ciel aux jumelles. Parfois on s'embête vraiment beaucoup avec du matériel, alors qu'avec une simple paire de jumelles bien réglées, c'est le bonheur.

Un petit regard vers Jupiter, et voilà que la lune « monte » dans le ciel, brillant de tous ses feux. La chasse est finie, il est minuit, et on va aller mettre le dessin au propre avant de dormir... et voici le résultat ci dessus

 

 


 

  le lendemain...

 

je n'ai pas pu résister à l'appel de la comète en photo. voici la position de l'astre le 11 aout. La technique du pointage jumelle/laser a permis de prendre ce cliché rapidement avant le lever de la lune.

 

 

 

 

 

Par zemt
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 19:09

la période estivale étant propice aux soirées d'observations publiques, je vous propose cette promenade que j'aime effectuer régulièrement en utilisant un télescope de 300 mm de diamètre, avec d'autres "curieux du ciel"

Juste après le coucher du soleil, le petit jeu peut commencer...où sera la première étoile ? en cette fin du mois de juillet juillet, c'est sans doute Véga qui perce la voute encore bleue, haute dans le ciel. il faut attendre encore un peu pour distinguer l'ensemble du triangle d'été, puis l'incontournable grande ourse.

 

A propos du fameux triangle, connaissez vous la signification du nom des étoiles ?

Vega: l'oiseau (ou l'aigle) qui plonge. voici une description imagée pour illustrer la trajectoire de cette étoile dans le ciel, qui une fois passé au méridien semble descendre de manière quasi verticale, "en plongeant". D'ailleurs sur les cartes anciennes, Véga représente un vautour, qui tient dans ses serres la lyre.
Altair: l'oiseau (ou l'aigle) qui plane: quoi de mieux en effet que ce bel oiseau pour décrire la trajectoire de cet astre qui semble se déplacer de manière quasi horizontale durant une bonne partie de la nuit dans le ciel
Deneb: beaucoup moins poétique, Déneb, Deneb... l'arrière de la poule bien sur, enfin du cygne, car sans doute plus majestueux  !

Tournons nous de nouveau vers l'horizon Nord Ouest, là ou le soleil vient de se coucher. Les sept étoiles de la grande ourse sont désormais visibles. Sept... et pourquoi pas huit ? Regardez cette petite étoile, juste au dessus de la deuxième du manche de la "casserole". L'ami Daudet nous apprend (dans sa nouvelle "les étoiles", in Lettres de mon moulin) que c'est le charretier, qui conduit les trois bœufs (le manche) et le chariot (les 4 étoiles du rectangle). Plus faible que sa voisine, une autre légende dit que le repérage de l'étoile servait de test de vision aux archets de Charles Quint. Et nous voici plongé dans l'histoire de France. J'oubliai... ce couple d'étoiles serrés s'appelle Alcor et Mizar, situé entre 81 années-lumière pour la première et 78 AL (années-lumière) pour la deuxième. Ces étoiles ne sont pas liées physiquement. Il s'agit simplement d'un effet de perspective, qui semble les rapprocher. La constellation de la grande ourse elle-même est un amas d'étoiles, dit amas ouvert (nous verrons plus loin ce que cela veut dire), que le soleil est en train de traverser. 
Précisons un peu: puisque la lumière parcours l'espace à la vitesse de 300000 km par seconde (un poil moins en fait), cela représente plus de 10 000 milliards de km par an. Alors 78, 81,100,1000 AL cela ne vous dit rien. Moi non plus ! je préfère utiliser une autre échelle de distance et de temps:
La lumière qui a été émise par l'étoile Alcor est partie il y a 81 an, pour arriver à notre rétine aujourd'hui. A cette époque, en 1928, la Pénicilline venait d'être découverte par Flemming. Nous "voyageons" en quelque sorte dans le passé. et cela ne fait que commencer !

Il est également temps de poser notre petite devinette:

« mais pourquoi la nuit est-elle noire alors qu'il y a tant d'étoiles dans l'Univers ? Le ciel devrait être brillant !». Laissons nous le temps de la réflexion, nous pourrons sans doute répondre à cette énigme à la fin de notre promenade...

 

Assez parlé, la nuit est venue tout à fait. Pointons le télescope vers Alcor et Mizar. quelques petits grincements du télescope "maison", de type dobson tout en bois, et nous voila dans l'espace ! en grossissant 65x, Alcor est d'un coté du champ, Mizar de l'autre. C'est étrange, à l'œil nu, l'éclat des étoiles est très différent, mais au télescope ces deux étoiles semblent identiques. Normal, cet instrument est un entonnoir à photon ! Et si l'on regarde bien, Mizar est accompagné d'une autre étoile très serrée. en effet, Mizar est physiquement double, une autre étoile tourne autour, mais elle est tellement proche que nous ne pouvons pas la séparer à l'œil nu.

Maintenant que la nuit est venue, tournons nous vers l'Est, en direction de la constellation du cygne. Cet oiseau plane majestueusement dans le ciel, traversé par la partie visible de notre galaxie, la voie lactée. au pied de la croix, visons une petite étoile nommée Albiréo (l'oiseau), l'œil du cygne. Quelle merveille au télescope ! nous ne voyons pas une mais deux étoiles, de couleurs différentes. Et même si ces deux étoiles ne sont pas physiquement liées (encore un effet de perspective), nous pouvons évoquer  le fait que toutes les étoiles ne sont pas identiques. Certaines sont plus chaudes (étoiles bleues), d'autres plus "froides" (étoiles rouges), enfin, en surface tout au moins.
Et quel amusement pour tous de comparer les couleurs perçues. en effet, la vision est assez différente dans un environnement sombre: blanche, dorée, jaune, bleue, et même vert et rose... une belle partie de rigolade !
pour la petite histoire, Albiréo est située à 382 AL, donc la lumière perçue est partie en 1628... règne de Louis XIII, le siège de la Rochelle, Richelieu, la guerre de trente ans, pas très réjouissant tout ça. Restons dans les étoiles.

Nous avons vu que les étoiles ne sont pas toutes identiques, et qu'elles peuvent être à des distances très différentes. Évoquons leur cycle d'évolution.  Pointons le télescope plein sud, vers une constellation en forme de théière, le sagittaire. la voie lactée semble se perdre dedans, même si l'horizon pollué de nos ciels de France ne permet plus de la voir plonger sous l'horizon. Note; Heu.., pour la traversée du désert, je préfère attendre encore un peu.

Assez bas vers l'horizon, se détache un petit nuage très ténu mais déjà visible à l'œil nu, M8, la nébuleuse de la Lagune. Cette zone du ciel est une pouponnière d'étoiles. Composée d'hydrogène et de poussières, cet objet a été observée pour la première fois par Flamsteed en 1680, puis classé par l'astronome Guillaume Le Gentil en 1747. Certaines étoiles visibles au travers sont sans doute issues de la nébuleuse. Située à 5200 AL, la lumière est donc partie vers -3200, en pleine période néolithique. Un peu avant, vers -3500, on inventait la roue en Mésopotamie, et la voile en Égypte.


Cette région du ciel est vraiment une « vallée des merveilles ». On y passerait des heures et des heures à la découverte de magnifiques objets. Tenez, non loin de M8, voici M20, la fameuse nébuleuse trifide. Pour arriver à la distinguer dans le télescope de 300 mm, j'utilise un filtre UHC. Elle est visible sans filtre, mais tellement faible pour un œil non exercé que la plupart des gens ne pourraient la voir; parfois certains vous disent poliment « oui, on l'aperçoit » et d'autres plus direct « mais,...on voit rien ». le filtre UHC résout en partie le problème, encore faut-il que le ciel ne soit pas trop pollué par l'éclairage artificiel, auquel cas je passe à l'objet suivant.

M20 est une nébuleuse à émission, traversée par une nébuleuse obscure. Ce qui montre bien que toute la matière synthétisée par les étoiles n'est pas forcément visible. M20 fut classée par Messier en 1764, et sa distance est assez incertaine selon les sources, entre 3140 et 9000 AL. On admet généralement la distance de 5200 AL. Sur notre frise des distances et des temps intersidéraux, les alentours de -3100 marquent l'invention de l'écriture cunéiforme à Sumer ainsi que les premiers hiéroglyphes en Égypte; en -2700 on construisait des pyramides.

 

Continuons toujours le long de la voie lactée, pour admirer une magnifique nébuleuse diffuse à émission, M17. Les étoiles formées sont cachées par la nébuleuse elle même. L'énergie dégagée excite le gaz un peu à la manière d'un tube fluorescent. Certains observateurs lui donneront une forme de lettre grecque Oméga, d'autres un fer à cheval ou encore, avec de l'imagination un « canard de l'espace » flottant sur la voie lactée. M17 est située à environ 5000 AL. Lorsque la lumière est partie des environs de la nébuleuse, nos ancêtres édifiait des tombes et des cercles mégalithiques en Europe (vers -3000/2000) et on utilisait pour la première fois du papyrus en Égypte.

 

Après cette visite dans les maternités galactiques, intéressons nous maintenant à des groupes de jeunes étoiles, comme les amas ouverts. La constellation de l'écu, juste en à coté de l'aigle, abrite un magnifique exemple, M11. Il s'agit d'un groupe d'environ 2900 étoiles, âgées de 220 millions d' années. Après s'être formé dans une grande nébuleuse diffuse, un nuage moléculaire, les étoiles ont fini par expulser le gaz et la poussière restant, et l'ensemble, lié par les forces de gravité devient visible. Cet amas est distant d'environ 6000 AL. A l'époque du départ de la lumière de cette zone, vers -4000, on commençait à couler du bronze au proche-orient. A noter, un autre bel amas ouvert, moins dense certes, mais très connu: la constellation de la grande ourse.

Il faut sans doute prendre un moment pour s'extasier devant ce fourmillement d'étoiles. Souvent, à de jeunes observateurs, je propose, avant d'avoir mis l'œil à l'oculaire, de compter les étoiles visibles dans le champ du télescope. Le comptage ne dure jamais bien longtemps...

 

Accélération un peu rapide dans l'évolution, intéressons nous à de vieilles étoiles de notre galaxie, des « grumeaux » de la pâte à crêpe galactique: les amas globulaires. Puisque le télescope est pointé vers le sud, revenons dans le sagittaire, juste au dessus du couvercle de la théière.

La lumière émise par l'amas M22 nous y attend depuis presque plus de 8000 ans ! On compte plus de 70000 étoiles, et elles sont distantes d'environ 10400 AL. À cette époque là, vers -8000, on inventait l'agriculture en Asie mineure... M22 a été le premier amas globulaire découvert, par Abraham Ihle en 1665, donc à peine plus de 50 ans plus tard que la découverte de Galilée.

 

Observer proche de l'horizon est assez pratique avec un télescope dobson, surtout avec des enfants, mais nous risquerions d'être assez rapidement gêné par des arbres ou autres obstacles sur l'horizon. Remontons donc, toujours le long de la galaxie, mais vers la constellation du terrible Hercule.

M13 est un magnifique amas globulaire, composé de plus de 100000 étoiles. Quel feux d'artifices dans le télescope. Cet amas a d'ailleurs été sélectionné pour l'écoute extraterrestre avec l'antenne d'Arecibo. M13 est distant de 25100 AL , c'est à dire qu'à cette époque, vers -23100, nous étions dans le paléolithique supérieur, dans l'ère des hommes de Cromagnon (homo sapiens sapiens)

 

Nous sommes peut être parti un peu loin dans l'espace ! Quittons Cromagnon pour revenir dans l'ère historique, au temps de Charlemagne et de Pépin le Bref, entre 750 et 800 après JC. C'est aussi à cette époque que les Chinois font découvrir le papier aux arabes, vers 751. Comment revenir ? Facile, il suffit de pointer la nébuleuse planétaire M27, dans la constellation du petit renard, distante de 1250 AL. Cette nébulosité n'a aucun rapport avec les planètes du système solaire. C'est Herschel, le musicien-astronome, découvreur de la planète Uranus, qui avait baptisé cette catégorie d'objet, car il trouvait que ces nébulosités, souvent de très petite taille (ce qui n'est pas le cas ici !) ressemblaient un peu à la planète qu'il venait de découvrir. Ceci dit, M27 est la première de sa catégorie répertoriée quelques dizaines d'années au par-avant par Messier, en 1764. Une nébuleuse planétaire est un résidu de supernovæ, étoile ayant explosé violemment et rejetant dans l'espace les couches superficielles de son atmosphère. En effet, les étoiles ne sont pas éternelles, et un jour ou l'autre elle finissent pas s'éteindre, de manière plus ou moins cataclysmique. Plus l'étoile est massive, plus la fin est violente. Il paraitrait même que les plus grosses étoiles finissent en trou noir, les fameux trou noirs...

 

Mais, sans doute avons nous alors une réponse à l'énigme du début de soirée. Les étoiles n'ayant pas une durée infinie, il existe donc à un moment donné une quantité finie d'étoiles visibles, qui émettent un rayonnement. Leur nombre n'étant pas suffisant pour « blanchir » complètement le ciel, nos nuits sont donc noires, ou presque...

 

Non loin de M27, dans la constellation de la lyre, dans laquelle brille de tous ses feux Véga, admirons ce magnifique anneau de « fumée » qu'est M57. Cette nébuleuse planétaire est vue « de dessus » et fut découverte par Antoine Darquier de Pellepoix en 1779. Elle est distante de 2300 AL. Que de belles dates à associer: imaginez Archimède dans sa baignoire entrain de trouver le principe qui porte son nom, ou encore Euclide énonçant ses principes de géométrie. En plein essor de l'empire romain, c'est vers -280 que l'on construisit le phare d'Alexandrie, les colosses de Rhodes. Et bien la lumière partie de M57 à cette période historique nous arrive seulement aujourd'hui !

 

Pour corser l'observation, rien de tel que de relever le défi d'apercevoir les dentelles du cygne NGC 6960 et 6992-5. Le pointage depuis 52 cygni est facile, car l'étoile est visible à l'œil nu. Il faut, tout comme pour la nébuleuse trifide tout à l'heure, utiliser un filtre, comme l'UHC ou l'OIII. Sans filtre, les dentelles sont perceptibles pour un œil exercé. Avec filtre, elles deviennent évidentes avec un télescope de 300mm. Les dentelles sont un résidu de supernova qui a explosé voilà 15000 ans. Elles sont distantes de 2600 AL environ. Toute la zone est à explorer sur plusieurs degrés carrés, en changeant le pointage. Et dire que la lumière nous parvient alors que les Grec fondait Marseille en -600, édifiaient le temple d'Héra à Olympie. A Babylone, on admirait les jardins suspendus de Nabuchodonosor II et les chinois inventaient les feux d'artifices !

 

Maintenant, la soirée est bien avancée, cela fait une heure voire une heure et demi que nous tournons à plusieurs autour du télescope, il est temps de faire un grand bond dans l'espace...de 3 ordres de grandeurs, 1000 fois plus loin... pour rejoindre la belle galaxie d'Andromède M31, accompagnée de ses « satellites » M32 et M110 située dans la constellation du même nom, adossée à Pégase, le cheval ailé. Tous les objets que nous avions vu jusqu'à présent étaient contenus dans notre galaxie, dont la partie visible se nomme la voie lactée. Mais là, nous somme à présent à 2 900 000 AL de la terre et du système solaire, dans une autre galaxie. L'astronome Arabe Al-Sufi connaissait déjà sa position, la décrivant comme un « petit nuage », ce à quoi elle ressemble lorsqu'on la repère à l'œil nu. Au télescope, seul le bulbe central est bien visible. Parfois même des jumelles, grossissant moins qu'un télescope mais offrant un champ plus large peuvent donner une meilleure image. Là encore, imaginez une bande d'extraterrestres observant aujourd'hui même la terre, si seulement c'était possible, avec un hyper-télescope méga-géant... ils ne verraient que des Australopithèques cousins de Lucy ou Toumaï . Pas très évolués ces terriens... il faudra attendre un peu avant de nous rendre visite !

 

Après, c'est un peu comme pour la plongée sous marine, il faut observer des paliers de décompression, nous sommes parti si loin... (et pourtant, il y a encore bien plus loin !)

Comme la constellation de Cassiopée commence à monter dans le ciel et que Persée devient visible, pointons la tache floue entre ces deux constellations:

H et Xi Persée bien sur, célèbre amas ouvert, constitué de jeunes étoiles prêtes à se disperser, et situé à 7000 AL. Ouf, nous sommes revenu à l'époque de Néandertal. C'est un spectacle inoubliable au T300 avec un oculaire grand champ. Il y a des étoiles de partout...

 

Pour achever cette promenade estivale 2009, n'oublions pas de poser notre regard sur Jupiter, et d'imaginer Galilée complètement dingue de sa découverte: des astres tournant autour d'autre chose que la Terre, Copernic avait donc raison !

 

Voilà, durant cette ballade, qui dure au moins deux heures avec un peu de public, nous avons pu repérer une douzaine de constellations, observer les principaux types d'objets du ciel profond, évoquer l'évolution stellaire, voyager avec les yeux et l'imagination bien au delà de nos limites technologiques. Juste une dernière chose, si cette visite des « monuments historiques » de notre galaxie vous a plu, n'oubliez pas le guide ;)

 

 

 

 

 

 




Par zemt
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